Rocade Nord : des bases pour un débat
Madame Fioraso, députée PS de la 1ère circonscription de l’Isère vient de donner son point de vu sur le dossier rocade Nord. Je note une volonté de trouver un consensus autour d’objectifs partagés qui peut servir de base à un dialogue constructif. Le problème est que, jusqu’à aujourd’hui, et malgré les sollicitations de nombreux médias locaux, aucun élu défendant le projet n’a accepté de débattre publiquement de ce dossier.
C’est donc pour l’instant en reprenant les conditions posées par la députée que l’on peut engager le débat par blogs interposés. Elle indique que :
La rocade Nord sera pleinement justifiée si elle répond aux conditions environnementales, financières, urbaines et économiques bénéfiques pour le territoire. Ces conditions sont au nombre de 4 :
1 - Réduction globale significative des émissions de gaz à effet de serre et de la pollution atmosphérique
2 - Financement par les usagers en fonction de la durée de la concession (qui peut être de plusieurs dizaines d’années compte-tenu de l’investissement, avec un montant de péage adapté
3 - Insertion urbaine de qualité aux entrée-sortie du tunnel sous Bastille
4 - Amélioration effective de la fluidité du trafic, répondant bien aux attentes des usagers et de l’activité économique
A noter que Didier Migaud, Président de l’agglomération tient des propos assez proche dans le Dauphiné du 15 septembre
Je reprends ces 4 points :
1 – Il est actuellement difficile de savoir si la rocade Nord augmentera ou non les émissions de gaz à effet de serre (GES). Les partisans du projet postulent sur une réduction des bouchons et donc de la pollution mais les seuls études disponibles disent le contraire (étude de l’AURG et rapport Hersant) : si la rocade peut éventuellement dégager certains axes en hyper-centre, ce n’est que pour déplacer le trafic et générer des bouchons plus importants en entrée d’agglomération.
Selon les préconisations de nombreux scientifiques, on sait aussi que l’objectif que pourrait se fixer l’Europe dans le cadre de la conférence de Copenhague (voir post précédent) est une réduction de 40% des émissions de GES d’ici à 2020, c’est à dire dans 10 ans, par rapport aux émissions de 1990. A ce titre, il apparaît que le plus gros investissement de France portée par une collectivité locale n’aurait, au mieux, que très peu d’effet sur ces émissions et les aggraverait probablement
2 – Le financement par les usagers est une idée nouvelle qui n’est pas celle portée actuellement par le Conseil général de l’Isère, maitre d’ouvrage. Elle ne semble économiquement pas possible même si il est toujours envisageable de lancer un appel d’offre en ce sens : cela signifierait qu’une entreprise privée financerait la totalité du projet et qu’elle se rembourserait sur le péage.
Or, le Conseil général prévoit actuellement une participation pour un tiers seulement du privé (200 millions d’€), ce qui implique déjà un péage autour de 2 € pour rembourser cette participation et dégager des bénéfices logiquement attendus par une entreprise privée. On voit par un rapide calcul économique qu’une prise en charge totale par le privé (et donc l’usager via le péage) ne semble pas possible : si le péage est trop élevé, la fréquentation de la rocade sera trop faible, et si elle est trop faible le péage ne rapportera pas assez au privé pour couvrir l’investissement … même sur 30 ou 40 ans !
3 – Ce point est le plus polémique car sujet à toutes les interprétations : les partisans du projet prétendent que la rocade pourrait être insérée dans le tissu urbain sans dommage : j’ai pour ma part du mal à imaginer qu’une tranchée enterrée qui longerait l’Isère et dénaturerait les berges sur la Tronche puisse être « jolie ». J’ai surtout du mal à imaginer une « qualité » à l’immense viaduc qui traverserait Saint-Martin-le-Vinoux et la presqu’ile de Grenoble…
4 – Sur ce point, il faut toujours savoir de quoi l’on parle : la rocade Nord peut, je l’ai dit, permettre un report de trafic de certains axes du centre de l’agglomération vers l’extérieur. Mais cet objectif apparaît égoïste : il ne fait que transférer le trafic en périphérie. Il existe par ailleurs d’autres solutions pour réduire de manière importante le trafic en centre ville sans rocade, avec notamment un développement ambitieux des réseaux tram et TER.
En donnant à mon tour mon point de vu sur des conditions qui paraissent effectivement de bon sens, j’espère enfin pouvoir ouvrir le débat sur des bases sereines. Je signale par ailleurs que, contrairement à ce qui est écrit dans le post de Madame Fioraso, ce n’est pas « les anciens élus de l’ADES » qui sont à l’origine des suspensions de travaux cet été mais bien le Président du SMTC. La note juridique envoyée par le préfet aux élus du SMTC est très claire sur ce point : l’annulation du PDU ne pouvait pas justifier la suspension des travaux.
### Olivier Bertrand ###
Une nouvelle classe au collège Vercors