Nicolas Sarkozy, Albert Camus... et Thierry Henry
En 2007, Nicolas Sarkozy lors d’un voyage en Algérie annonçait à la presse : "Moi je n’ai pas voulu aller à Tipaza parce que j’ai gagné un concours sur radio Nostalgie. Mais parce que j’ai lu Noces." de Camus. Nicolas Sarkozy avait lu un livre, cela méritait bien une conférence de presse d’une heure sur une plage à « ne rien faire » comme il l’a dit. De cette phrase, Le Monde déduit aujourd’hui que le Président « connaît bien l’œuvre d’Albert Camus ». Ce qui justifierait la volonté de transfert au Panthéon d’un auteur considéré comme consensuel par un proche du Président.
Mais si Nicolas Sarkozy a sûrement lu Albert Camus (comme des millions de lycéens d’ailleurs) il est évident qu’il n’en a pas adopté sa pensée. J’ai écrit sur un post déjà ancien que ce qui distinguait Camus de beaucoup d’autres penseurs, c’est que sa philosophie était une philosophie de vie, une philosophie qui vous accompagne dans votre quotidien, qui n’est pas qu’une réflexion métaphysique mais une manière de vivre en « homme debout », en équilibre entre absurdité du monde et vaines certitudes cartésiennes ou religieuses. « Savoir se maintenir sur cette arrête vertigineuse, voilà l’honnêteté » écrivait-il dans le Mythe de Sisyphe. Il n’a peut-être pas eu une réflexion aussi poussée que d’autres grands philosophes mais sa pensée était ancrée dans la vie et il ne distinguait pas son engagement humaniste de ses écrits. Lui n’aurait pas pu dire « qu’il ne fallait pas désespérer Billancourt » comme Sartre qui préféra l’illusion communiste à la vérité.
Depuis son élection notre vulgaire Président tente d’accoler à sa personne des actes et des personnes engagés : de Guy Moquet à la chute du Mur de Berlin, il s’infiltre dans la grande histoire de l’engagement humain. Il n’a pourtant jamais connu d’autres engagements professionnels que celui d’avocat d’affaire et d’autre tremplin politique que celui de Maire de Neuilly.
Affligeant.
Affligeant parce qu’une fois de plus, il s’agit d’une mise à (bas) niveau de la pensée et d’une récupération sous forme de communication politique. Affligeant parce qu’Albert Camus, homme politiquement engagé, a toujours refusé toute récupération politicienne de son vivant. Affligeant enfin parce que l’auteur de « l’homme révolté » est tellement éloigné de ce que représente Sarkozy que le seul fait de rapprocher les deux noms est difficile à accepter pour tous ceux qui se sont immergés dans sa pensée. En lisant que Sarkozy veut le faire entrer au Panthéon, je ressens un peu le même sentiment que lorsque j’entends un de mes morceaux de musique préférée utilisée pour une publicité. C’est une partie de mon univers que l’ordre social dominant réussi à récupérer. Tristesse.
Lire ou relire Camus devrait nous inciter à nous élever contre la politique menée par le Président, c’est une évidence. Lire ou relire camus, ce n’est pas seulement nourrir son esprit, c’est nourrir son engagement, le considérer comme une évidence ; comme une révolte permanente.
Une citation de Camus qu’il aurait pu dédier à Thierry Henry pour finir : « Tout ce que je sais de plus sûr à propos de la moralité et des obligations des hommes, c’est au football que je le dois »...
### Olivier Bertrand ###
Une nouvelle classe au collège Vercors