Mardi 13 avril 2010

Vidéosurveillance : Hortefeux s’adresse au bas ventre

D’après les témoignages, l’acte semble être gratuit. Difficile d’expliquer des actes qui dépassent l’entendement et la barbarie d’une petite minorité d’individus qui ont perdu tous repères, voir qui ne les ont jamais construits. Triste constat du désengagement de notre société incapable d’offrir des perspectives de vie intéressantes à toute une partie de sa jeunesse, de la forte perte de liens sociaux et de la déshumanisation de la vie quotidienne faite surtout d’écrans renvoyant des images violentes.

Les solutions de fond ne sont pas simples : elles doivent s’appuyer sur le constat d’une société à bout de souffle qui produit de la misère, des discriminations intolérables et des situations de détresse sociale encore plus difficiles à vivre dans une ville dont on ne cesse de nous rappeler qu’elle est riche… alors que presque un quart des grenoblois vivent en dessous du seuil de pauvreté !

Mais, sans revenir sur la crise du capitalisme et les violences sociales qu’elle entraine, il est évident que ce genre d’actes relève aussi de questions de sécurité publique. On ne règle pas tout avec une présence policière mais le démantèlement de la police de proximité par le gouvernement Sarkozy a été, de toute évidence, contreproductif. C’est pourtant ces policiers, qui part leur connaissance des quartiers et les liens tissés avec les habitants, peuvent faire un véritable travail de prévention et d’alerte lorsque certains jeunes sombrent dans des comportements violents… Ces policiers ont été remplacés par quelques « robocops », les célèbres unités territoriales de quartiers (UTEQ) dont la présence n’a fait qu’aggraver les problèmes d’incivilité et de délinquance.

L’échec de la politique de Sarkozy comme ministre de l’Intérieur et comme Président de la République est flagrante. Mais dans une sorte de fuite en avant, plutôt que de revenir à une logique de prévention, Sarkozy et son fidèle lieutenant Hortefeux, veulent lancer la généralisation de la vidéosurveillance. Et pour imposer cette nouvelle politique sécuritaire et d’atteinte aux libertés individuelles, tout est bon… même le pire consistant à exploiter à des fins politiques un drame humain. 24 heures après l’agression, Hortefeux va donc annoncer sa venue à Grenoble pour faire la promotion de son nouveau plan consistant à truffer la France de caméras !

Ce gouvernement réactionnaire veut appliquer en France un dispositif dont l’inefficacité a déjà été prouvé ailleurs. Les britanniques par exemple ont dépensé des 100 aines de millions pour installer 4 millions de caméras et reconnaissent aujourd’hui que cela ne sert à rien : en fait, les actes délictueux sont simplement déplacés dans des zones non surveillées.

Cette solution de la vidéosurveillance est typique d’une volonté liberticide et de contrôle de la population. C’est une tentation du pouvoir politique qui doit être combattue par les citoyens.

Rappelons enfin une évidence : derrière les caméras, il faut mettre des hommes et des femmes. Et ces hommes et ces femmes ne sont donc pas sur le terrain. A moins de faire exploser les budgets « sécurité » et les impôts locaux, on ne pourra donc pas rétablir une police de proximité, créer des postes d’éducateurs de rues bien formés aux actions de prévention tout en généralisant la vidéosurveillance.

Je veux enfin exprimer ma colère devant les agissements de Brice Hortefeux et devant la politique du gouvernement consistant à systématiquement instrumentaliser les peurs en matière de sécurité. Cette politique du pire, celle qui s’adresse au bas ventre, est d’autant plus choquante que notre société se délite sous nos yeux et qu’il faudra beaucoup de volonté politique pour redresser la barre. Aujourd’hui, hélas, le capitaine s’appel Sarkozy…


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### Olivier Bertrand ###